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Des murs et des hommes

Les prisons de Dourdan

Le château de Dourdan, achevé en 1222 par Philippe Auguste, se caractérise par un plan régulier et un haut donjon circulaire isolé du reste de la forteresse par de larges fossés. Il est le symbole du pouvoir royal et c’est à ce titre qu’au Moyen Age il sert de prison à trois reprises pour des personnages importants :

* en juillet 1301, Bernard de Saisset emprisonné car il a traité Philippe IV le Bel de faux-monnayeur.

* en 1314, Jeanne de Bourgogne lors de la célèbre affaire de la tour de Nesle.

* de 1430 à 1433, la Hire (Etienne de Vignolles), compagnon de Jeanne d’Arc.

A l’époque médiévale, Dourdan possède une geôle, non loin du château (actuelle rue de l’Abreuvoir).

Au XVIIe siècle, elle est transférée dans la forteresse qui, ayant perdu sa fonction résidentielle et militaire, devient prison royale.

En effet, à partir de 1672, le château, propriété de Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, est transformé en lieu de détention. L’enfermement est avant tout préventif : toute une population considérée comme menaçante pour l’ordre social, familial ou public, est incarcérée derrière les hauts murs de la forteresse.

A la Révolution, vendu le 15 juin 1792 au département de Seine-et-Oise pour 10 000 francs, le château sert de maison de force départementale jusqu’en 1819. Durant cette période il y a parfois plus de 300 détenus.

A la Restauration, le département n’ayant jamais payé son achat, le château est restitué à la famille d’Orléans.

Une prison communale et un dépôt de mendicité sont maintenus dans le château jusqu’à sa vente en 1852 à un Dourdanais, Amédée Guénée.

En 1853, une maison est acquise rue Neuve (actuelle rue Debertrand) pour y installer la prison municipale.

En 1855, elle est transférée, rue Saint Germain. Des travaux de réfection sont alors confiés à l’architecte Beaurienne afin d’y installer des cellules séparées, pour hommes et pour femmes. En 1856, les aménagements sont terminés, la présence de prisonniers est attestée par le maire.

En 1869, cette prison communale est transférée dans la gendarmerie nouvellement construite, rue Grouteau (rue Laubier).

A l’angle de la rue de l’abreuvoir et de la rue Basse-Foulerie, une place où s’élevait : La maison des Quatre Coins ( Georges Gelée.)

L'administration pénitentiaire

 

Sous l’Ancien régime

Domaine royal, Dourdan possède deux types de tribunaux :

* La prévôté, instaurée vers 1110. Le prévôt lève les impôts et rend la justice ordinaire.

* Le tribunal du Bailliage de Dourdan, depuis 1327, juge au civil et au criminel. Le bailli, ayant à la fois un rôle judiciaire, militaire et financier, est assisté dès 1413 d’un lieutenant général, diplômé ès lois, qui détient aussi la charge de prévôt.

En 1744, la prévôté est réunie au bailliage.

Le tribunal du bailliage dépend du Parlement de Paris mais il rend la justice selon les ‘Coutumes des Bailliages et Châtellenie de Dourdan ’ rédigées en 1559.

Au XVIIIe s., il est composé d’un président lieutenant général civil, criminel et de police, d’un commissaire enquêteur et examinateur, d’un avocat du roi, d’un procureur du roi, d’un substitut du procureur, de conseillers (notaires, huissiers audienciers) et d’un greffier.

La Maîtrise des Eaux et Forêts est unie au Bailliage jusqu’au règne de Philippe VI (1293-1350). Puis elle a un maître particulier qui juge braconnage, vol de bois, pâture illicite, litige sur le réseau fluvial …

(Toutes ces charges sont achetées ou transmises par héritage. Jean-François Regnard en cumule plusieurs dont celle, honorifique, de concierge du château.)

Les cavaliers de la maréchaussée interviennent lors de rixes, scandales ou vols. Ils accompagnent les condamnés à la prison ou sur un autre lieu de détention (Paris, Chartres, Orléans, Etampes …).

Les délits criminels sont de toutes natures.

Les plus communs sont : mendicité et vagabondage, dettes, injures (avec ou sans coups), vols, refus de payer la taille, désertion.

Dans le cas d’une femme séduite et enceinte, le suborneur est condamné à verser une pension alimentaire. Le 23 juillet 1746, Jacques Arvin est écroué car il refuse de payer.

En 1752, deux particuliers, ayant volé l’argent des troncs d’églises à l’aide d’un morceau de bois enduit de glu, sont condamnés à Dourdan à être fustigés, marqués et à cinq ans de galères. Le parlement de Paris réduit la peine, ils ne sont que marqués et envoyés trois ans aux galères.

En juillet 1759, Capron dit La Cerise, déserteur, reste en prison jusqu’à ce que le ministère de la guerre paie, pour lui, le gîte et les frais de geôlage. Il est libéré le 30 août.

Dourdan est commune municipale, chef-lieu de canton et siège de district. Le château-fort est alors choisi pour abriter la prison départementale.

Les jugements civils sont rendus aux niveaux du canton par un juge de paix et du district par un tribunal civil. Le premier juge de paix élu à Dourdan est Louis René Buffy.

Les jugements criminels sont rendus dans la commune par un tribunal criminel, dans le canton par un tribunal de police correctionnelle, dans le département par un tribunal criminel et dans le pays par la haute Cour nationale.

Tribunaux civil et criminel sont chapeautés par un tribunal de cassation à Paris.

Le fonctionnement de la prison est très hiérarchisé.

Le ministre de l’Intérieur donne les directives au préfet qui transmet ses décisions et collecte les informations auprès du sous-préfet. Ce dernier fait le lien entre le préfet et le maire qui est, de droit, Inspecteur Général de la prison. Il en surveille le fonctionnement et préside la Commission Administrative (trois membres du conseil de l’hospice) qui gère les travaux des détenus.

En mai 1793, un règlement intérieur de la prison institue un ‘comité de salubrité et de bienfaisance’ de neuf membres, qui veille à l’entretien des détenus.

 

Les prisonniers

A leur arrivée, les détenus sont inscrits sur le registre d’écrou où figure leurs nom, surnom, prénom, âge, lieu de naissance, profession, (parfois leur signalement), la désignation du jugement en vertu duquel ils sont détenus, la date et le tribunal qui l’a rendu, le temps de détention, la date de sortie ou de décès, des annotations sur leur comportement.

Ensuite, pour des raisons d’hygiène, les détenus sont examinés par l’officier de santé qui peut prescrire des soins si nécessaire.

Ils sont dépouillés de leurs habits qui sont confiés aux infirmiers.

En échange, on leur remet un uniforme qui se compose :

* Pour les hommesd’une chemise de grosse toile changée chaque décade (à cet effet, sont prévues trois chemises par détenu), d’une veste, d’un pantalon de treillis, d’un gilet, d’un bonnet de toile ou de laine (selon la saison), de bas de toile ou de laine, de deux paires de sabots par an ;

* les femmes portent les mêmes chemises, un jupon de toile, un corset, une jupe de treillis, une cornette et un fichu de toile, des bas de fil ou de laine, des chaussons de laine en hiver, et deux paires de sabots par an.

Tous ces effets sont marqués, ainsi que le linge, des lettres M.D.F. (Maison De Force).

 

En réalité, les uniformes manquent cruellement, alors le concierge réclame sans cesse. En 1793, « la plupart des prisonniers est totalement dénudée. Attendu que cet état de nudité entraîne nécessairement l’insalubrité des prisons, il est essentiel de le prévenir ». En 1800, 85 détenus sur 113 sont sans sabots, il demande 52 paires de femmes et 33 paires d’homme. En 1812, « le nombre de détenus en cette maison est en ce moment de 293,… toutes les chambres ne peuvent contenir que 18 à 20 détenus et elles se trouvent en avoir 30 chacune ».

 

Les entrepreneurs généraux

Le travail des prisonniers, instauré sous la Révolution, est vu comme un moyen d'amender les détenus et d’améliorer leur quotidien. L’Etat passe un contrat avec un entrepreneur privé qui dispose ainsi d’une main d’œuvre bon marché, encadrée par le personnel de la prison.

L’entrepreneur est chargé de verser une allocation journalière pour chaque détenu employé. Un tiers de ces revenus est réservé pour les dépenses de la Maison de Force, un tiers payé aux détenus, un tiers réservé pour leur sortie.

A Dourdan, les prisonniers étaient surtout occupés à des activités de tissage de la laine et du coton, à la fabrication de chapeaux de paille ou de bijoux de nacre.

 

Les entrepreneurs mentionnés sont les suivants :

- Lefort-Latour : manufacturier en toile.

- Chevalier : façonnier et vendeur de toile.

- Bacot : manufacturier en couverture de toile. - Lombard : directeur de la manufacture de Grillon fondée par Lebrun.

- Pradier : fabricant de bijoux de nacre.

- Johnston : successeur de Lombard

Départ de la prison à Poissy

Au 1er juillet 1809, il y a 300 détenus à Dourdan : 209 hommes et 91 femmes.

Le transfert va se faire par voiture en 3 jours les 13, 16 août 1819 pour les hommes et le 19 août pour les femmes.

Dans chaque voiture une ‘chaîne’, de 12 détenus attachés 2 à 2 avec des manchettes et ensuite liés ensemble par une corde, escortée par 2 gendarmes et 4 soldats, leurs armes chargées. Pour les ‘chaînes de femmes, les gendarmes suffiront.

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