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Sa construction

Sa construction

Le château actuel est "l'oeuvre" du roi-ingénieur Philippe II, dit Auguste qui a régné de 1180 à 1223. Il fut construit vers la fin de sa vie, c'est le dernier d'une série dite de type philippien.

On sait simplement, par une charte, signée à Paris, entre le 2 et le 30 avril 1222, que le roi a institué une chapelle dans son nouveau château de Dourdan. Il s'agit de la chapelle Saint-Jean, démolie, lors des guerres de Religion, en 1591. La commande faite par le roi, pour édifier un château, se termine souvent par la formule : "Sicut Rex Divisit, ainsi que le roi l'a déterminé", qui marque une implication forte. Philippe Auguste va favoriser la standardisation, en ne laissant presque rien au hasard, les plans sont bien établis, les dimensions des pierres sont précisées à l'avance, les maîtres maçons, charpentiers, tailleurs de pierre, sont pratiquement toujours les mêmes. Ce procédé va permettre de construire "intelligemment" des châteaux. Ainsi les temps de travail sont réduits et les prix de revient sont minimisés. Des comptes précis, conservés au Vatican, nous indiquent que 14 châteaux "philippiens" ont été construits, entre 1204 et 1212 pour la somme de 24 500 livres, un coût modeste pour l'époque.


Le déroulement chronologique de la construction du château de Dourdan nous est révélé par une anomalie ! En observant la plupart des tours, on voit une superposition de lits de grès, puis de lits de calcaire (pierre plus claire), suivis curieusement de nouveaux lits de grès, mais essayons de voir les diverses phases de construction :


Première phase : le périmètre de l'enceinte


Les fossés sont d'abord creusés, puis on réalise le flanquement de toutes les tours, avec appareillage pour recevoir les murs de l'escarpe (mur de base intérieur). Les mauvaises connexions avec les tours, indiquent le report ultérieur de la construction de ce mur ainsi que celle de la contrescarpe (mur de base extérieur) et des courtines (mur supérieur, dont le sommet sert de chemin de ronde). Cette programmation des travaux, va permettre de les étaler, selon un plan soigneusement établi. La pierre utilisée est le grès, favorable à la compression


Deuxième phase : l'entrée et le côté le plus exposé


L'entrée, en arc brisé, est tout d'abord construite selon la logique gothique, elle marque la transition importante entre l'intérieur et l'extérieur. Les deux tours d'entrée du châtelet, viendront plus tard s'appuyer sur l'encadrement, les raccord maladroits de ces tours avec la façade le prouvent. Puis, pour des raisons d'esthétique, la construction des tours se poursuit en calcaire, pierre plus facile à tailler, favorisant l'esthétique.

Troisième phase : l'achèvement des tours


Des problèmes d'approvisionnement vont contrarier le projet. En effet si la fourniture en grès ne pose aucun problème, les carrières sont proches (Saint-Chéron et Roinville), il n'en est pas de mème pour le calcaire, qui provient de Saint-Martin de Bréthencourt. Au début du XIIIe siècle, pour peu que le sol soit humide, les charrois de 800 kilos, trainés par quatre chevaux, s'embourbent et le chantier commence à prendre du retard. On sait qu'à cette époque, le roi est malade (il a fait établir un testament) et probablement il veut voir terminé son château de Dourdan. Une autre raison aurait pu justifier d'activer la construction, une menace de guerre, mais ce n'était pas le cas à cette période. S'opère alors un changement de stratégie, le calcaire est abandonné au profit du grès.
Il est facile alors d'observer la chronologie de la construction. Le donjon est d'abord érigé, en même temps que les tours avoisinnantes, les plus exposées, du côté "attaque", opposé à la ville. La construction du donjon est interrompue à mi-hauteur (le 26e lit de calcaire, de couleur plus foncée, en marque la transition, visible surtout à l'extérieur) ; la "grosse tour" est suffisamment grande, pour que le maître d'oeuvre s'installe afin de surveiller le chantier, mais aussi pour mettre à l'abri les outils et éventuellement la paye des ouvriers. Puis le côté exposé, donjon et partie ouest s'achève, alors que commence le côté ville
Les premières tours ainsi construites, comportent le plus grand nombre de lits de calcaire. En revanche, la tour est n'en a plus que deux, et les deux tours, sud et sud-ouest, les moins exposées, bâties en dernier, sont entièrement construites en grès, car le calcaire était déjà épuisé.

Quatrième phase : l'achèvement des courtines

Les tours sont primitivement appareillées (harpage) pour recevoir plus tard les murs de liaison en pierres de taille (courtines), mais la hâte du roi de voir terminer l'ouvrage, fait qu'ils sont construits en tout-venant (pierres des champs). On voit très bien que les courtines les plus anciennes sont celles, côté ouest (elles comportent encore des restes de calcaire, qui sont des déchets de taille).

En résumé, cette difficulté d'approvisionnement en calcaire, nous permet de mieux comprendre avec quel esprit est abordée la construction du château. Une sorte de construction intelligente, en puzzle, où le chantier n'est ni réalisé linéairement, ni en blocs verticaux, tenant compte des équipes d'ouvriers, de la disponibilité des engins de levage et des échaffaudages, pour que tout ce monde puisse travailler simultanément, avec le minimum de contraintes.

 

Bibliographie : Les chantiers des châteaux forts aux XIIIe et XIVe siècles par Charles-Laurent SALCH et Jérôme MICHEL

 

 

 

 

 

 

 

A gauche, représentation du château au XIIIe siècle d'après la maquette du Musée et à droite, représentation plus réaliste du château tel qu'il devait être à son origine d'après l'hypothèse qui ressort de l'étude archéologique, suite aux travaux de restauration des courtines sud et du bâtiment dit du duc de Berry.

Les tours et le donjon ont sans doute été amputés d'un étage, suite à la destruction du château lors du siège de 1591. Nicolas Harley de Sancy a probablement fait déraser les parties en ruine et ainsi le château s'est trouvé surbaissé tel qu'il nous apparaît actuellement. Le donjon devait mesurer une trentaine de mètres à l'origine (à laquelle il fallait ajouter 7 à 8 mètres de toiture) et les tours environ 20 mètres.

 

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