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Reconstitutions historiques

L'Hermione

Les Amis du Château et du Musée de Dourdan, passionnés d’Histoire et de reconstitution XVIIIe siècle, ont rendu une première visite à l’Hermione en 2013. Quelques apparitions de soldats montant la garde sur le pont de gaillard de la frégate de guerre de Louis XVI au printemps, puis un bivouac en juillet. Cette saison 2014, nouvelle opération sur zone pour les soldats et leurs compagnes au printemps et le 14 juillet, à l’occasion de journées costumées.

 

Histoire d’une frégate mythique…

L’Hermione est une frégate de guerre (dite « frégate de 12 » à cause du calibre de ses canons : canons de 12 livres, correspondant au poids du boulet). Sa construction a été ordonnée par Louis XVI, au moment de la Guerre d’Indépendance américaine. La France s’est mise à augmenter les cadences de travail dans les arsenaux du royaume afin d’envoyer de l’aide aux américains qui luttaient pour leur indépendance face à l’occupation anglaise. L’arsenal de Rochefort a reçu la commande de plusieurs bateaux de guerres de différentes tailles, dont la frégate l’Hermione. Ce navire de 44 mètres de long et 11 mètres de large, a été réalisé en 6 mois à peine. Un délai extrêmement court, puisque la moyenne à l’époque était plutôt de 11 mois pour ce genre de construction. En 1780, l’Hermione aura le privilège de mener le marquis de La Fayette en Amérique lors d’une traversée de l’Atlantique qui dura 38 jours.

l'Hermione

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Reconstitution

Depuis 18 ans, la réplique de cette frégate est en construction dans une forme de radoub de l’arsenal. Les travaux touchent à leur fin et le premier voyage d’essai en mer est prévu pour septembre 2014. Quant au voyage en Amérique, il s’effectuera au printemps 2015. Les équipages sont déjà à pied d’œuvre pour s’entraîner aux manœuvres et apprendre à entretenir cette frégate de guerre toute en bois, cordages de chanvre et voiles de lin.

 

Personnages costumés…

Pour faire découvrir cette histoire hors du commun, Stéphanie, l’une des guides du chantier, a eu l’idée de créer un personnage nommé La Bise, inspiré par l’histoire du port de Rochefort. Depuis quelques mois, des visites nocturnes sont effectuées à bord de l’Hermione.

La Bise est un écrivain du port de Rochefort, en 1780.

Les écrivains de Marine étaient chargés de consigner par écrit (parfois en triple exemplaires !) tout ce qui était relatif à la gestion du port et de l’arsenal : compter les matériaux, les dépenses, les recettes, les hommes, les marchandises… Ils remplissaient jour après jour de lourds registres pour les archives de la Marine. Ces écrivains manquaient cruellement de reconnaissance et n’avaient aucune possibilité d’évolution dans leur carrière, pour certains. Un métier ingrat, en somme. Le choix de ce personnage est une manière de rendre hommage à ces officiers de plume, ces hommes de l’ombre, grâce à qui nous avons des rayonnages d’archives précieuses.

Son surnom de La Bise viendrait du fait que ce personnage se déplace fort rapidement en déplaçant de l’air, du vent… Et que parfois ses petites réflexions désagréables sont cinglantes comme la bise, ce petit vent froid caractéristique du nord.

"La bise" au travail

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est accompagné, pour ces visites hors la loi, par deux marins du port, recrutés dans les auberges du coin. Rémunérés par La Bise à grand renfort de boisson, les deux marins se chargent d’expliquer le fonctionnement du canon, d’aider les visiteurs à descendre les escaliers périlleux et de recréer l’ambiance d’une frégate du XVIIIe siècle.

Les visites du soir sont basées sur des documents d’archives : courriers, journal de bord, cartes authentiques.

Il était tout naturel que La Bise invite les Amis du Musée de Dourdan à participer à cette aventure nocturne. Ce fut le cas lors de la première visite de la saison en avril dernier. Une mémorable explication autour du canon, un dortoir animé plus vrai que nature et toujours la bonne humeur et passion de l’Histoire.

 

Les écrivains de la Marine au XVIIIe siècle

 

Dans la Marine Royale du XVIIIe siècle, il existe différents corps. Tandis que les officiers d’épée ont la charge de combattre en mer, les officiers de plume sont chargés de  l’administration dans les ports, les colonies et à bord des navires. Ce sont des officiers civils répartis en trois catégories : les écrivains ordinaires, les écrivains généraux et les écrivains principaux.  Ces administratifs de l’ombre ont pour tâche de tout écrire et répertorier dans des registres, afin de faciliter la gestion. A Rochefort, en 1744, ils sont au nombre de 105.

 

L’écrivain ordinaire prend note de tout : les matériaux de construction, les dépenses et les recettes, les gens de mer appelés au service du roi, les ouvriers, les soldats à embarquer, les vivres… Un travail ingrat et fastidieux : il faut tout noter en double, voire en triple exemplaire ! Cela permet de contrôler n'importe quel service en cas de dysfonctionnement, ou tout simplement d’arrêter les comptes en fin d'année. C'est à partir de ces données que les bureaux centraux de la Marine prennent leurs décisions. A Rochefort on compte 52 écrivains ordinaires, en 1744. Ils forment la masse des employés aux écritures.

 

Les écrivains généraux, quant à eux, sont peu nombreux : 2 seulement à Rochefort, en 1744. Ils sont chargés de faire l’appel des ouvriers et de vérifier le travail des écrivains ordinaires. Ce grade intermédiaire souffre d’un manque de considération évident. Les écrivains généraux sont vus comme « la récompense des anciens services de gens bornés ou qui par diverses circonstances ne peuvent pas prétendre d’autre avancement » (rapport de Ruis-Embito, Rochefort, 1750).

Une véritable voie de garage sans possibilité d'évolution de carrière !

 

Les écrivains principaux sont 14 à Rochefort en 1744. Ils exécutent les ordres du commissaire. Ils n’ont aucun pouvoir d’initiative, mais un rôle de répartition des tâches. Contrairement aux autres catégories, ils peuvent aspirer au grade de commissaire ordinaire et monter dans la hiérarchie. Certains noms célèbrent prouvent que l’on peut très bien réussir : ce fut le cas de Bégon, qui fut intendant du port de Rochefort. Mais tous n’ont pas eu le privilège de laisser leur nom pour la postérité…

 

Sans le travail de fourmis de ces écrivains de l’ombre, nous n’aurions pas autant de documents dans nos archives. Ces listes interminables, ces documents administratifs a priori sans grand intérêt, patiemment recopiés, sont la mémoire de la Marine et une source d’informations inépuisable pour les chercheurs d’aujourd’hui.

Stéphanie ROUMEGOUS

Sources

Jean-François ASSELIN, Les officiers de plume entretenus à Rochefort en 1744. Étude administrative et sociale, D.E.A., dirigé par Michel Vergé-Franceschi, Paris IV-Sorbonne, 2005, p. 5. Les informations ci-dessus sont tirées de ce travail.

Jean-François ASSELIN, Les officiers de plume dans la marine royale au XVIIIe siècle à travers l'étude de l'arsenal de Rochefort, Mémoire de maîtrise, dirigé par Jean-Pierre Poussou et Michel Vergé-Franceschi, Paris IV-Sorbonne, 2000, Annexes, p. 11 et suiv.

Archives nationales : Marine, C2 83 - Liste des officiers de plume du département de Rochefort avec les éclaircissements nécessaires pour faire à leur égard des arrangements convenables aux intérêts du service et dans lesquels chacun d’eux puisse trouver un traitement proportionné à ses talents et autres qualités, Rapport de Ruis-Embito, Rochefort, 1750.

Archives nationales : Marine, C2 53 Rochefort.

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